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Lettre à l’ombudsman de Radio-Canada : L’activisme anti-Israël sous couvert d’information à l’émission « Ça s’explique »

Déc 4, 2020 | FR Publications, Quebec, Répliques

Montréal, le 3 décembre 2020

Monsieur Guy Gendron
Ombudsman de Radio-Canada

Objet : Épisode du 6 novembre 2020 du balada « Ça s’explique »

Monsieur,

Le 6 novembre dernier, le balado « Ça s’explique » a invité la professeure d’histoire Dyala Hamzah à expliquer au public de Radio-Canada ce qu’est la culture du bannissement.

Or, une portion importante de l’entretien a abordé les griefs présumés du mouvement de boycott d’Israël (BDS) envers des organisations communautaires juives.

Les Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada stipulent que tout doit être mise en œuvre « pour dévoiler l’identité des intervenants et donner le contexte et les explications nécessaires qui permettent à l’auditoire de juger de la pertinence et de la crédibilité de leurs propos ».

Or, l’animateur du balado n’a jamais cru nécessaire d’expliquer à son auditoire que son invitée est une militante active du BDS, privant son public d’une information élémentaire pour juger du mérite des accusations portées par Mme Hamzah. Il est par ailleurs ironique qu’on ait invité pour expliquer la « cancel culture » une militante d’un mouvement dont l’objectif stratégique est ni plus, ni moins l’annulation de l’État d’Israël.

De plus, l’animateur n’a jamais questionné les allégations de Mme Hamzah, ce qui a permis à son interlocutrice de dresser sans la moindre interrogation de l’animateur un état des lieux excessivement tendancieux des tensions entre groupes antisionistes et sionistes sur les campus universitaires canadiens, en vertu duquel les partisans du boycott d’Israël seraient les victimes unilatérales de groupes juifs.

Avant d’aborder en détail les propos de Mme Hamzah, il convient de rappeler que les partisans du BDS font régner un climat d’intimidation et d’ostracisme à l’endroit des étudiants juifs sur de nombreux campus universitaires canadiens. Une discussion objective et équilibrée sur le militantisme universitaire lié au conflit israélo-palestinien ne saurait faire l’économie de la culture du bannissement telle qu’elle sévit contre les étudiants juifs.

Exemples :

  • A l’Université McGill, l’administration a dû intervenir auprès d’un journal étudiant, subventionné par tous les étudiants inscrits à cet établissement, en raison de sa politique éditoriale bannissant la publication de tout point de vue « sioniste ».
  • Dans cette même université, deux étudiants juifs élus au gouvernement estudiantin ont été la cible de tentatives de destitution en raison de leur attachement à Israël.
  • A l’Université de Toronto, l’association des étudiants des cycles supérieurs, partisane du boycott d’Israël, a initialement rejeté la demande de l’association des étudiants juifs que des produits alimentaires cachères soient disponibles sur le campus sous prétexte que l’association juive est pro-Israël et que l’introduction d’aliments cachères irait à l’encontre du boycott d’Israël.
  • Dans ce même établissement, un professeur partisan du boycott d’Israël a refusé de rencontrer un étudiant intéressé à poursuivre son doctorat dans son unité académique sous prétexte que l’étudiant en question était un militant pro-israélien.
  • Des étudiants partisans du boycott d’Israël perturbent régulièrement, parfois violemment, les activités pro-israéliennes des étudiants juifs.
  • A l’Université Ryerson, l’École de travail social a refusé à une étudiante de faire un stage auprès d’organisation philanthropiques juives sous prétexte de leur bais anti-palestinien présumé et de leurs valeurs supposément opposées à celles de l’École.

Je pourrais continuer longtemps de citer des exemples du même ordre, mais revenons aux propos de Mme Hamzah qui a affirmé :

« Au Canada, à côté de certaines vitrines reconnues du lobby pro-israélien, comme CIJA, comme B’nai Brith, vous avez aussi des organismes très peu recommandables, en fait de véritables officines de l’ultra-violence sioniste en Amérique du Nord, comme la Jewish Defense League, comme Herut Canada, qui sont responsables d’un grand nombre de violences sur les campus canadiens ».

Le 21 novembre dernier, à l’Université York, des centaines d’étudiants associés au club étudiant Students Against Israeli Apartheid ont tenté de perturber une activité du club étudiant juif Herut Canada en bloquant notamment l’accès à la salle réservée à cet effet.  S’est ensuivi un affrontement verbal et physique entre étudiants (et non-étudiants aussi). L’incident a valu aux deux clubs étudiants une suspension temporaire et au groupe non-étudiant Jewish Defense League, l’interdiction de se présenter sur le campus.

On le voit, Mme Hamzah a grossièrement déformé les événements survenus à l’Université York, passé sous silence la responsabilité partagée entre les deux camps pour les affrontements et extrapole un incident unique et isolé pour imputer mensongèrement à deux groupes juifs « un grand nombre de violences sur les campus canadiens ». Radio-Canada a ainsi diffusé et continue de diffuser, puisqu’il s’agit d’un balado, de fausses informations.

Mme Hamza a prétendu aussi que les organisations pro-israéliennes cherchent à réduire au silence les partisans de la cause palestinienne au moyen d’une définition de l’antisémitisme :

« On peut surtout penser à cette définition de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Association (IHRA) et qu’on tente d’imposer au monde entier, une définition extrêmement controversée puisqu’elle assimile la critique d’Israël à de l’antisémitisme ».

Or, dans les faits, la définition de l’IHRA affirme clairement que la critique d’Israël n’est pas assimilable à de l’antisémitisme, position partagée par la grande majorité des organisations pro-israéliennes, y compris le CIJA : « Criticism of Israel similar to that leveled against any other country cannot be regarded as antisemitic ». Par contre, la définition propose des exemples de discours antisioniste assimilable à de l’antisémitisme, notamment la nazification de l’État juif, la négation du droit du peuple juif à l’autodétermination en assimilant le sionisme à une forme de racisme, ou encore, l’imputation aux Juifs d’une responsabilité collective pour les actions de l’État d’Israël.

S’il est vrai que ces exemples sont « controversés » pour les partisans du BDS, mouvement qui postule l’illégitimité d’Israël et sa dissolution dans un État palestinien unitaire, ils jouissent d’un large consensus politique en Occident, ce qui explique pourquoi une trentaine de démocraties ont adopté la définition, sans qu’elle ne leur soit imposée comme le prétend Mme Hamza qui semble ici brandir le mythe antisémite d’un lobby juif tout-puissant. Du reste, cette définition est de nature purement consultative et n’a aucune force de loi. Depuis que le Canada l’a adoptée dans le cadre de sa politique antiraciste, elle n’a eu aucun impact sur la liberté du mouvement BDS de poursuivre ses activités militantes.

Il nous paraît clair que l’entretien avec Mme Hamza n’a pas respecté les principes d’équilibre et d’exactitude et a manqué de transparence dans l’identification de celle-ci. En outre, tant donné la gravité des accusations infondées de Mme Hamazi, il nous semble impératif qu’une mise au point soit annexée à cet épisode de « Ça s’explique ».

Veuillez recevoir, Monsieur, mes salutations distinguées.

David Ouellette
Directeur, recherche et affaires publiques
Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes

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